lundi 26 janvier 2015

Voyage dans les régions kurdes de Turquie, de Şanlıurfa à Gaziantep (partie 1)

Salam wa aleykoum, bonjour,

Cette semaine j'ai décidé de faire une série d'articles sur mes terres d'origine. Le village dont je viens se trouve près de Halfeti, portant le nom de Yukarıgöklü. Comme vous l'aurez compris, je suis d'origine kurde, c'est avec beaucoup de cœur que j'ai écrit ces articles, dans le but de vous faire découvrir et apprécier nos régions.
J'ai tenté d'avoir un point de vue du local, qui sera beaucoup développé ici, puis le point de vue du visiteur en vous montrant toutes les spécialités que j'ai eu l'occasion de goûter (et encore si je pouvais vous montrer plus...).

Posons notre cadre:


Mon village se trouve entre deux grandes villes: Şanlıurfa et Gaziantep, qui sont appelée en kurde respectivement Riha et Ayintap et séparées de 150 km. Il nous as été courant durant notre voyage d'aller souvent dans ces deux villes, également dans la ville de Halfeti qui se trouve à une dizaine de kilomètres de ton village.


Pour cette première partie j'aimerais vous montrer ce qu'on peut trouver dans le village en terme de spécialités culinaires, et tout ce qui s'y apporte.
J'aurais pu parler plus de voyage, mais étant donné que Trognon de Pomme n'est pas un blog de voyage, je ne voulais pas m'éloigner de ma ligne éditoriale. Toutefois rassurez-vous vous y verrez aussi des photos de paysages!
Il faut savoir que la température y est élevée en été (entre 40 et 45 degrés), et l'air ambiant est sec, ce qui fait que la température est aisément supportable.


Les champs et l'élevage


Là-bas, contrairement à ce qu’on peut trouver ici, il ne s’agit pas d’agriculture intensive. Il s’agit de champs, où chacun cultive un peu ce qu’il veut, en fonction de la saison et de ses besoins. On y retrouve notamment des gombos, des tomates, des pastèques, des melons, des gros cornichons et des concombres fins, du raisin, du sumac et des figues. Ça c’est pour la culture perso, le surplus peut être vendu chez un commerçant qui se chargera de les vendre sur les étals des marchés.
Fleur de gombos, qui portera le légume en son centre


La vie animale est également présente dans les champs

Sumac
ça ne se mange pas, c'est pour confectionner des balais!

Dans le champ de mes cousins j’ai pu voir cette sorte de fossé. Il s’agit d’un creux où on dépose le dims pour qu’il puisse maturer au soleil (rappelez-vous je vous en avais parlé ici). Toutefois de nos jours on ne s'en sert plus, on le fait cuire directement dans des chaudrons.

Pour faire maturer le dims
Après on retrouve aussi des pistachiers par centaines, dont une petite partie est destinée à la consommation personnelle, mais la plupart iront à la vente. Faut dire que les récoltes peuvent atteindre très facilement plusieurs dizaines de kilos pour celui qui a un petit champ ! Champs qui d’ailleurs sont transmis de générations en générations ou tout simplement rachetés.

Pistachiers entourant les maisons

La culture des pistaches, a une part importante dans l’économie locale. Une fois arrivée la saison (pendant le mois d’août), on va les cueillir par grappes. On sépare les pistaches et on les plonge dans de l’eau. Si la pistache tombe au fond, c’est que la coque est pleine et mûre, si elle flotte à la surface alors il n’y a pas de pistache à l’intérieur (une petite mousse blanche à la place) car le fruit n’est pas mûr. Après avoir choisi les bonnes pistaches, il faudra encore séparer les « kawlaq » c’est-à-dire les pistaches bien rouges-rosées des pistaches vertes dites « boz ». Elles seront toutes séchées au soleil, puis les kawlaq seront destinées à la consommation (fraîches c’est un vrai bonheur) et les boz à la fabrication de baklawa, sobiyet… et autres délices.

 

Vous remarquerez que la terre y est rouge, riche en oxyde de fer, et qui permet de faire pousser les fruits et légumes en les arrosants très peu.

C'est une terre molle, facilement malléable. Ça m'a valu un petit moment de solitude où j'ai désespéré mes cousins en calant plus d'une dizaine de fois en quelques minutes... Et oui quand c'est mou, on a du mal à y rouler!

Moment de solitude...


Et on s’éclate comme on peut dans les champs ! Je ne me rappelle plus du nom de ce jeu mais il consiste en soulever ce bâton en l’air et frapper le plus loin possible avec le long bâton qu’on tient !
 


Il n’y a pas que des fruits et des légumes mais aussi des élevages d’animaux par chez moi. C’est pas non plus intensif, juste de quoi avoir du lait avec les chèvres et vaches pour faire du yaourt et des œufs des poules (et manger ces dernières occasionnellement). Le plus fun, est de tous les jours à l'heure de la prière de l'après-midi dite asr, voire défiler tous les moutons du village en direction du berger qui va les emmener se nourrir.
D’ailleurs faut dire que nous sommes de gros consommateurs de yaourt, que ce soit tel quel ou en dew hummmm…. Je compte bientôt vous livrer la recette du yaourt maison et vous avait donné la recette d'une soupe chaude au yaourt, j’en salive rien que d’en parler…
  
Les repas à la maison


Les repas à la maison se font par terre : une nappe, des fois un immense plateau rond en métal de 1.5 mètre environ de diamètre pour y poser les plats. On y pose de grandes assiettes dans lesquelles tout le monde pioche ce qu’il veut, ou des assiettes individuelles si besoin comme la soupe par exemple.


Que le mythe des kurdes qui mangent des kebabs à volonté soit brisé, nous mangeons beaucoup de légumes, sautés ou en tirsik en général. Le pain plat que vous voyez là est appelé « nane male » c’est-à-dire le pain de la maison, qui nous sert de couvert pour manger la nourriture. Ce sont des immenses galettes de pain très fines et d’à peu près de 1 mètre de diamètre. Ces galettes sont séchées au point d’être cassantes et conservées entières jusqu’au prochain repas. Quand on voudra en manger tout ce qu’on aura à faire c’est de l’humidifier en projetant des gouttes avec sa main et de le refermer avec un drap pour que le pain s’humidifie bien. Y a plus qu’à déguster et à attraper les aliments avec !
Toutefois, cela ne nous empêche pas de faire des barbecues quand le temps s'y prête! (désolée je n'ai pas trouvé de photos correctes!).

La vie au village et douce, nous sommes loin du stress parisien auquel j'ai pris habitude. L'individualisme n'y existe plus, même le soir en se couchant, où toute une famille se partage un lit sur le toit.

Sur ces paroles, je vous donne rendez-vous mercredi pour la suite!

Deuxième partie du voyage

Troisième partie du voyage









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6 commentaires:

  1. Cioa, merci pour cette belle balade et découverte de ton pays avec ces magnifiques photos. Moi qui suis en Sicile, après tout, ça y ressemble avec ces paysages arides,ces figuiers ou ces vignes. Bonne journée!

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    1. Merci à toi pour ton gentil commentaire! J'aimerais visiter la Sicile un jour je t'avoue que je l'imaginais autrement, mais ça c'est sûrement dû à mon imaginaire et au fait que je n'y suis pas encore allée.
      Bonne journée également !

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  2. Super intéressant cet article :) Merci de nous faire voyager chez toi, j'ai hâte de lire la suite ! Bisous !

    http://lesplacardsdemora.blogspot.com

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    1. merci momo ça me faitplaisir de voir que ça plait!

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  3. Oui très interessant. Ça ne ressemble pas du tout a la Martinique par contre :-))) j'ai pour la première fois vu des pistaches fraîches et appris des tas de choses.

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